Ces régions et pays à l’Histoire mouvementée sont décomposés et recomposés à la suite des bouleversements créés par la Première Guerre mondiale et la Révolution bolchévique. De nombreux Juifs d’Europe de l’Est sont contraints à l’émigration. D’autres demeurent dans les nouveaux États souverains qui se partagent désormais l’Europe centrale et orientale nés de la partition des anciens empires (Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie).
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Au lendemain des traités de paix de 1919-1920, l’Europe orientale présente une nouvelle configuration avec de nouveaux États : Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, Pays baltes, Finlande. L’Ukraine et la Biélorussie deviennent soviétiques. Tous ces États comptent une proportion importante de Juifs, de 10 % à 25 %, de la population totale.
Ceux-ci se répartissent en ashkénazes parlant essentiellement le yiddish (justifiant le terme de yiddishland), et en sépharades, présents en Grèce, en Bulgarie, parlant surtout le judéo-espagnol (ou ladino) et la langue de leur pays. Les Juifs hongrois ne parlent pas tous le yiddish, ils sont principalement magyarophones.
Ces populations comptent avant la Seconde Guerre mondiale une classe bourgeoise juive occupant des positions importantes dans le commerce, la finance, la presse, et une élite intellectuelle. Cette Mittel Europa (Europe centrale) donne à la littérature et à la musique de très grands noms. Vienne brille au centre de l’extraordinaire renouveau artistique de l’entre-deux-guerres. Czernowitz (en Moldavie sous contrôle roumain, aujourd’hui en Ukraine), voit une intense production littéraire et artistique marquée par le bilinguisme allemand-yiddish. De même en Lituanie, sous domination polonaise, Wilno, dite la « Jérusalem du Nord » est un centre culturel yiddishisant brillant.
Dans tous ces pays d’Europe centrale et orientale, la participation de nombreux Juifs aux événements révolutionnaires alimente la thèse du « judéo-bolchévisme » et d’un prétendu complot juif international. Dès 1920, la Hongrie de l’amiral Horthy promeut une première législation restreignant les droits civiques et les libertés des Juifs. L’antisémitisme explose sous des régimes autoritaires et fascistes (Croix fléchées en Hongrie, Gardes de fer en Roumanie, régime des colonels en Pologne…). Ils infligent de plein fouet aux Juifs des politiques d’exclusion et de répression, maintes fois accompagnées de violences et de pogroms.
Référence :
Sellier André & Sellier Jean, (2014), Atlas des peuples d’Europe centrale, Éditions La Découverte, Paris.